Sandrine Follère

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"Des Gens"


Texte de Erwane Monthubert, conseillère municipale, sur son expérience de pose pour la série "Des Gens"

Toute communauté suppose l'existence d'un discours performatif ayant conduit à sa reconnaissance dans le monde social. Cette idée de vivre ensemble à travers un réseau n'est pas née ex-nihilo ; elle remonte en réalité bien avant l’apparition d'Internet. Comprendre les ambitions et les espérances qui ont conduit à l'élaboration des communautés virtuelles, ainsi que leur évolution, permet, en retour, de mieux comprendre les phénomènes et les groupes actuels.
Le support des interactions au sein du réseau est ce que les utilisateurs appellent eux-mêmes la communauté virtuelle, c'est à dire un réseau de solidarité fondé sur la communication en ligne. Parler de communauté virtuelle est un non sens puisque le lien social est par essence virtuel : il n'existe pas de façon concrète et tangible, mais au travers des interactions entre les membres d'un groupe humain. Toute communauté est donc virtuelle en ce sens qu'elle ne se matérialise dans la conscience de ses membres qu'au travers de rites, de symboles et de discours. La seule originalité de la communauté virtuelle tient à ce que Jean-François Marcotte1 qualifie d'interactions en réseaux, à savoir « interaction sociale à travers un mode de communication basé sur des outils techniques permettant la communication à distance selon différentes méthodes : synchronisme ou a synchronisme, visuelle ou textuelle, etc ».
Si le virtuel, au sens de Gilles Deleuze, n’est pas tributaire du progrès des nouvelles technologies électroniques et particulièrement de l’Internet, l’expression « communauté virtuelle » désignera, tout de même avant tout, ces nouvelles formes de collectifs qui seraient en train d’être inventés sur et autour d’Internet. L’essentiel, pour maintenir le lien social, n’est pas l’outil technique utilisé, bien qu’il joue un rôle, mais la manière dont les hommes communiquent entre eux et comment une société organise ses relations collectives. Cependant, la communication à distance ne remplacera pas la communication humaine directe. Plus les hommes peuvent communiquer en virtuel par des moyens sophistiqués, interactifs, plus ils ont envie de se rencontrer physiquement.
L'expérience menée par Sandrine Follère illustre, par le sensible, cette nécessité d'appareiller le virtuel et le réel. Une relation initiée dans le monde virtuel peut ainsi « prendre chair » et, peut-être, devenir émotion. Par le biais de la rencontre, elle nous invite à nous plonger dans ces interrogations sur les rapports complexes entre technique et sentiments. Avec cette expérience, la réponse qui m'est propre, dans ce contexte particulier, ne peut plus prendre d'autre nom que l'Amitié.
Rencontre virtuelle « transformée » en séance de pose (presque au sens rugbystique du terme), ma participation relève de cette volonté de prolonger le contact virtuel par une expérience physique. Ce fut alors un temps précieux hors des contraintes quotidiennes, une expérience humaine intense et un résultat artistique émouvant. Maintenant mon portrait est gravé dans un coin de mon coeur, profondément réel.

1 Marcotte, Jean-François - Communautés virtuelles et sociabilité en réseaux : pour une redéfinition du lien social dans les environnements virtuels, Esprit critique, Automne 2003, vol 05, n°04. p.80-82
2 Deleuze, Gilles et Félix Guattari : Qu’est-ce que la philosophie, Cérès Éditions, 1993, Collection idéa, [Edition originale, Paris: Éditions de Minuit, 1991], 248 pages, consultable sur Internet: http://www.webdeleuze.com/

Erwane Demonthubert

Textes de personnalités ayant posé pour la série

Yves Charnet

Hélène Duffau

Daniel Welser-Lang

Erwane Monthubert

Joël Echevarria

Frédérique Martin