Sandrine Follère

A propos Atelier Sculpture Peinture Dessin Contact Partager/Share Page

"Des Gens"


Texte d'Hélène Duffau, écrivaine, sur son expérience de pose pour la série "Des Gens"

Des gens, mercredi 24 février 2010

« La ponctualité est la politesse des rois » ai-je souvent entendu dire. Je suis ponctuelle. C’est normal, je suis une reine. D’ailleurs, j’ai rendez-vous pour un portrait, c’est dire ! 11 h 26. À l’adresse qui m’a été délivrée par une voix chaleureuse, je pousse une porte biscornue. Elle grince, se referme curieusement. Je foule les marches jusqu’au dernier étage. Deux portes par palier, sauf au dernier. Je toque, c’est entrouvert. Je franchis le pas. L’artiste est là, royale, à son aise dans son antre lumineux. Je suis intriguée, je crois que je le dis. Pas de temps à perdre, le prochain portrait arrive dans 1 h 30. Nous nous installons. Moi, dos à la porte, elle à ma gauche, le long de cet immense carré de travail qui trône au milieu de la salle. Les conditions sont posées et agréées. La séance peut commencer. Fenêtres de toit, fenestrons, poutres massives, la pièce est belle, claire. La lumière y entre avec franchise. Ce lieu a tout de l’atelier de peinture, de sculpture, d’arts plastiques. À mon aise, je tombe la veste de mon tailleur pantalon car, malgré l’hiver, j’ai chaud. Assise, Sandrine Follère place sa partition, prépare ses instruments. Feuille sur carton, bascule de l’ensemble pour le bon angle d’approche. Pinceaux en main, en bouche selon. Étrange palette, peinture. Brosse qui trace sans négocier trois pans d’un cadre de couleurs différentes. J’oeuvre à détendre mon air, à me ressembler à chaque instant pour que l’artiste m’y trouve et s’y retrouve. La discussion prend ton. Par les mots de Sandrine, je découvre la série Des gens , sa genèse, son histoire. Je trouve le projet dément, audacieux et un peu vertigineux. Je parle de l’écriture, de ce que j’en fais. J’oeuvre à me ressembler à chaque instant pour que l’artiste m’y trouve et s’y retrouve. Et puis j’oublie. Nous poursuivons dorénavant une conversation qui décline son rythme : échanges vifs ponctués de silences et de retenue ; connivence, points de rapprochement. Les créatrices que nous sommes font écho. À mi mots parfois, nous nous comprenons. Je vois des couleurs sur les fibres des pinceaux. Elles m’étonnent. Les gestes aussi. Depuis mon lieu d’immobilisation, je ne distingue rien du tracé de l’artiste. Je rêve d’un cou périscope qui viendrait, l’air de rien, survoler le chantier, surprendre des images. Déjà le portrait est achevé — je me ressemble tant ! Le temps qui a filé souffle maintenant les mots et me pousse hors de l’atelier. Le prochain portrait est tout près. Les réseaux sociaux continuent d’animer. Mais, finalement, n’est-ce pas plutôt le contraire ?

Hélène Duffau

Textes de personnalités ayant posé pour la série

Yves Charnet

Hélène Duffau

Daniel Welser-Lang

Erwane Monthubert

Joël Echevarria

Frédérique Martin