Sandrine Follère

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"Des Gens"


Texte de Daniel Welser-Lang, sociologue, sur son expérience de pose pour la série "Des Gens"

Le portrait comme interview
A propos du travail de Sandrine Follère : Toulouse : singularités, diversité et réseau social
[Je ne sais pas si c’est le titre qu’elle a retenu pour son travail, mais c’est sans doute ainsi que l’on pourrait le nommer en sociologie].

Je ne connaissais pas S.F. Classiquement par une méthode de « boule-de-neige » elle m’a contacté sous couvert d’une amie commune (M.C) connue sur Amiez pour me demander de « poser ». Dans le même temps elle m’a dit avoir lu (et apprécié, le cirage est gratuit !) deux de mes livres. Et pas des moins sulfureux…
S.F. prépare un travail monumental, une galerie de 365 portraits de « gens » contacté-e-s à Toulouse à travers trois sites de rencontre : OVS (« On va sortir », un site gratuit avec publicité qui se défend d’être un site de rencontre, et que je ne connaissais pas), Viadéo (que j’ai vite laissé tombé le considérant comme commercial et surtout non pertinent pour mes recherches) et Amiez, le site que j’ethnographie actuellement. A ce jour ce site associatif, entièrement gratuit et sans publicité regroupe sur la seule région toulousaine17260 inscrit-e-s, dont 13836 membres actifs et actives, dont 7095 femmes et 6741 hommes. Excusez du peu ! Dire qu’il y encore des gens qui pensent que le virtuel n’est pas aussi du réel.

Elle m’avait donné rendez-vous à 16 heures pour une séance de deux heures. Je suis arrivé à 16 heures et reparti à 17h59. Son atelier est situé au dernier étage mansardé d’un immeuble du centre de Toulouse : grand, vaste, clair, un peu chaud. Elle m’a disposé sur une chaise, près d’elle, un verre d’eau à disposition. Puis la « pose » a commencé.
Au départ une question qui doit être rituelle pour elle « Pas de peur de poser ? ». Comme si… Comme s’il pouvait y avoir un danger. Comme si…exposer son image (et son âme) allait être un exercice risqué… Comme si… elle voulait prévenir à l’avance qu’elle ne se contentait pas de faire un portrait.

Elle a dressé quelques lignes épaisses à la spatule de plâtrier, le fond du portrait. Puis, elle a ramené la feuille vers elle. Plus moyen de savoir quel portrait elle préparait. L’entretien a commencé. Je dis bien l’entretien. On pourrait aussi dire l’histoire de vie condensée où sont abordés successivement, et je suppose dans un ordre aléatoire dépendant des personnes et du « climat » créé : enfants, amours, Toulouse, parentalité, origines, souffrances, vie professionnelle, rêves, déceptions, réseaux d’appartenance… En bonne spécialiste de sciences humaines (elle a fait ne psychanalyse et ne se prive pas de faire de l’interprétation immédiate de mes propos) elle développe un doux voile d’empathie. La même que tout-e sociologue, psychologue, ethnologue créée dans une perspective d’altérité pour avoir des informations, recueillir des confidences. Et on parle... Et j’ai parlé. En confiance. Sans me priver, à mon tour de questionner la peintre. Celle-ci ne s’est jamais dérobée. Elle aussi a ouvert son journal intime, explicité ses résistances critiques (mais surtout pudiques a-t-elle dit) aux pratiques sur lesquelles portent une partie de mes recherches. La parole circule, mais elle mène l’entretien, le guide, l’oriente parfois, notamment dans une perspective de réseaux, de liens entre mes réseaux et Toulouse. La ville qui l’a aussi adoptée, comme moi-même il y a plus d’années.
Pas de temps morts, pas d’ennui… un échange sympathique, parfois très émouvant, avec une artiste aux yeux pétillants, au large sourire avenant et aux formes généreuses.

Elle m’a montré ensuite le portrait, riant d’avoir oublié mes lunettes. Comme souvent devant mon image, il m’a fallu quelques minutes pour apprécier ce travail. « Tu as des problèmes avec ton image » m’a-t-elle alors dit… Puis, elle a écrit quelques mots : écriture, éros et thanatos, mère, Rudy, fils de survivant des camps, enfant, romain, rebelle…
Elle m’a aussi expliqué que j’avais droit à deux heures d’initiation dans son atelier : deux heures données pour le portrait = deux heures offertes par l’artiste. Quand je dis que sa démarche est altéritaire.

Bien évidemment, mon amie s’est inscrite aussi pour poser. La méthode de boule-de-neige, simplement.

Toulouse, le 5 septembre 2010
Daniel Welzer-lang, Sociologue, ou Dantoul sur Amiez, 86ème portrait

Textes de personnalités ayant posé pour la série

Yves Charnet

Hélène Duffau

Daniel Welser-Lang

Erwane Monthubert

Joël Echevarria

Frédérique Martin